Lisant, fixe le motif dans le livre – d’un regard jeté sans émotion –, vérifiant chaque matin sa propre existence – l’immanquable de la chose – et tiens à l’imager, à tendre l’image aux yeux de, à dire la mémoire digitale des lumières et couleurs – une manière de toucher comme une autre –, en focalisant sur ses couleurs, sur leur caractère diffus dans le halo, sur leur tremblement, leur total – très –, sur sa chambre, sa dimension hautement sentimentale qu’effleure en passant, que frôle, touche, sens quand reviens au cadre qu’elle propose et m’imprègne de sa perspective profonde, de ses ombres portées, de son horizon ou m’inquiète du temps – le réglage de – suffisant pour clore ses contours, du temps nécessaire à la révélation de son idée, de son mouvement et action saisis par anticipation en une seule phrase qui échapperait, s’éclipserait, à laquelle n’aurais pensé, à son élan, à son espace absorbant – son sentiment –, à la somme de choses qu’elle propose quand retient son souffle puis s’exhale, quand se trahit, nous transperce ou nous traverse, nous remplit ou sourd de nous, d’un creux, à l’appel d’air qu’elle produit, à la manière dont elle porte, flotte comme écho symptomatique, condense l’histoire, la modèle, entretient l’illusion d’un récit, alterne ses phases, se rappelle au monde, le consigne en une mémoire infidèle, en donne le carnet secret, indexe l’intime, les odeurs connues, les traces jusque dans les plus petits détails anatomiques, compresse la perception, esquisse des gestes, pose un regard ou une question en une évidence momentanée, pointe un moment clé, se tend vers un souvenir entêtant conservé pour la fin, change les choses, abuse nos sens par un pronom, ressasse somnambulique ce que personne ne peut dire ou penser, s’embue à la périphérie, revient encore plus brillante en son centre, faillit quand l’idée cesse, s’abandonne, glisse, s’immobilise, ne vaut plus qu’en soi, provoque en soi, se ravise, repart en son contraire, s’abstrait d’un coup, pense en une rythmique atteinte très vite ou bien s’arrête un temps, semble ne pas finir, s’éterniser, se balancer lentement, se fondre en une lenteur dense et profonde – un abandon –, devient murmure quasi imperceptible, se vide et puis s’efface.