…suppose un délai comme le son d’un instrument passant dans une pédale d’effets, se désynchronisant du geste de l’instrumentiste, agençant dans un temps décalé des éléments hétérogènes, éléments hétérogènes que sont les photogrammes d’un film avec lequel il faudrait reconstruire le souvenir d’un récit, roman-photo à reconstituer en pliant les images, en les tordant, en les soumettant à un récit imposé sur, silencieux devant le défilement, mutique devant les signes et les stigmates que portent les paysages traversés, en permanence extérieur à ce qui est montré et tente de s’absorber dans l’image, est l’objet de fascination réel autour duquel les autres images ne sont rien, autour duquel toutes les autres images tournent : vagues, rochers, montagnes, arbres, paysages de plaines enneigées… inventaire dérisoire des choses du monde en images gelées, toujours à distance, à l’instabilité préservée par le bougé, le tremblé, le flou, à chaque fois mouvantes, susceptibles de disparaître à la moindre perturbation, juste avant que ne se fixe, toujours perpétuellement en latence, tentent d’apparaître dans un clignement de paupière qui les occulte et les rend visible à des vitesses variables, dans le passage d’une à autre, dans l’interruption du noir et de l’aveuglement, dans la persistance rétinienne, passant progressivement d’images fixes à d’autres animées dans un mouvement décomposé, syncopé, saccadé, balayées d’un mouvement panoramique cherchant à saisir dans le flux, à aller contre, à capter un détail qui prendrait toute son importance, l’affectant de ce qu’il ne contient pas mais qu’il incarnerait, dans la focalisation, un léger bougé, un lent balancement, une oscillation quasi-imperceptible, ne tentant pas de recadrer dans le mouvement constant, dans les paroles échangées souvent indistinctes, saisies le loin, dans le son atténué en acouphènes venteux, dans l’obsession pour la structure géométrique en légère inclinaison des quasi-horizontales, dans une polyphonie avec danseurs, cygne au ralenti, figures de marcheurs, paysage ferroviaire, une fenêtre et rideaux en léger soulèvement, nuages, toile, floculation, paysage de sable, notation de sentiments par phrases silencieuses où ne restent que fumées et fumeroles, suites d’immobilités comme paysages enneigés vus d’un train, gare, silhouette d’homme ou de femme, ancienne salle de cinéma aux fauteuils vides, clairière, ciel rouge, forêt, route et neige encore, vus comme d’un verre diffractant ou comme myriade de morceaux de verre brisé.