Et cet homme qui dort, torse nu, le bas du corps recouvert d’un drap, la tête posée, appuyée, paisible, dont on nous dit qu’il est mort alors qu’il n’y a que le gris, qu’un gris sombre, partout, environnant en une boîte contenant le corps et l’accessoire étrange, chapeau de paille accroché au mur dans une mise en scène dérisoire. Et ce même, yeux fermés, adossé au mur de briques et crépi, mains posées sur les cuisses, auriculaires bien écartés, tendus, dans l’attente, en suspension, dans l’attente, que se réveille, ouvre les yeux, se produise la fin du suspens. Et elle, assise, qui regarde, fixe, dans le vide ou un point sans que l’on puisse déterminer lequel, en hors-champ, pense, pense sûrement ou s’absente à moins que. Et cette même, le coude appuyé sur le meuble, coincée entre le bahut et la chaise, tout près du vase, prête à, tout de même, en attente, attendant, regardant de biais, sur la droite, ne guettant pas, absorbée, perdue dans l’immobilité. Ou : les figures disparaissent, ne restent qu’objets, éléments disposés, composés en pseudo désordre, quelque chose comme, comme laissés là, abandonnés après des gestes, des actes, simulant le naturel tout en désignant ce fait. Ou : tous les objets finissent par se fondre en une même masse grise, un informe contaminant les choses de leur indéfinition. Ou : l’ombre environnante gagne, grignote, se répand en une texture aussi importante que le contour des choses, à laquelle les objets résistent un peu, insolites dans l’isolement des paysages vides, vidés. Ou : des paysages saisis, particuliers, dans le tremblement des feuillages des arbres, le grisé flou de la végétation, l’eau transformée en taches sombres sans mouvement et le ciel en découpe. Qu’il ne reste que des perspectives désertées, la structuration des ombres réelles et des ombres portées, leur géométrie particulière dans l’espace focalisé. Que les bâtiments s’effondrent, se délitent en taches noires, brûlures de surface, maculation sur un monde disparu et lointain. Que la ville ne soit plus qu’une silhouette indistincte se dissolvant, s’évaporant, signes estompés surnageant dans le gris général homogène qui enveloppe en halo, se fond en lui, ne se sépare plus, s’incorpore, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que quelques éclats blancs ponctuant la nuit qui gagne, chimie attaquant l’enregistrement, la saisie.